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Coûts, limites et bénéfices des données satellitaires

Application : détection des dépôts de déchets sauvages

Présentation

Généralités – Coûts du satellitaire : facteurs, leviers de maîtrise et points de vigilance

L’imagerie satellitaire est aujourd’hui un outil largement mobilisable par les acteurs publics. Comprendre les facteurs de coûts, les leviers de réduction et les principaux points de vigilance ou limites permet d’en faire un usage adapté et économiquement pertinent, notamment pour la surveillance des dépôts sauvages de déchets.

Crédit photo : xanmagena de Pixabay

Typologie des données satellitaires et niveaux de coûts associés

Deux grandes catégories de données sont disponibles :

  • Données commerciales
    Elles offrent une très haute résolution spatiale.
    Les coûts varient de 0,6 € (notamment via le dispositif Dinamis)  à 31 € par km².
    Exemples : Pléiades 1 & 2, Pléiades Néo, Spot 6/7, WorldView-1 & 2.
  • Données gratuites pour l’utilisateur
    Issues de programmes publics, elles sont librement accessibles.
    Exemples : Sentinel-1, -2, -3 ; Landsat-7, -8, -9.


Levier de maîtrise des coûts : combiner données gratuites et données commerciales en fonction des besoins opérationnels. 
Point de vigilance : les données gratuites présentent une résolution plus limitée pour certains usages.

Dispositifs publics d’accès et de financement

Plusieurs dispositifs facilitent l’accès aux données et/ou aux financements :

  • Le programme européen d'observation de la Terre Copernicus offrant des données gratuites et ouvertes via les satellites Sentine
  • Le dispositif Dinamis donnant accès aux données très haute résolution Pléiades et Spot 6-7 à des utilisateurs institutionnels, sous réserve de quotas ou de tarifications préférentielle
  • L’infrastructure de recherche d’observation de la Terre Data Terra facilitant l’accès et le traitement des données provenant de sources variées.
  • Dispositifs de soutien tels que FTAP, SCO, Ambition Aval, France 2030, Fonds Vert...

Bénéfice clé : abaissement significatif des barrières financières à l’entrée.
Point de vigilance : accès parfois conditionné à des quotas ou à des calendriers.

Critères techniques influençant les coûts et les performances

Les coûts et l’efficacité des données satellitaires dépendent principalement de :

  • la résolution spatiale, qui conditionne la taille minimale des dépôts détectables ;
  • la largeur de fauchée, qui influe sur la couverture territoriale ;
  • la période de revisite, essentielle pour le suivi régulier ;
  • le mode d’acquisition, notamment la programmation ciblée.

Bénéfice clé : un suivi homogène et reproductible sur de grandes surfaces.
Point de vigilance : l’observation n’est pas continue et dépend de la revisite des satellites.

Licences, diffusion et mutualisation : des leviers de réduction des coûts

Les conditions de licence encadrent l’utilisation et la diffusion des données :

  • Diffusion possible entre acteurs institutionnels,
  • Absence de droit à la commercialisation.

La mutualisation constitue un levier économique majeur.  L’étude menée par A. Niang  montre que la mutualisation via GEOSUD (devenu aujourd’hui Dinamis) génère des économies considérables, avec un coût de fonctionnement pour les opérations mutualisées de 67 000 € par an, contre 295 000 € par an pour des scénarios non mutualisés en achat direct.

Bénéfice clé : réduction des coûts d’acquisition et partage des compétences.

Point de vigilance : nécessité d’une coordination entre acteurs et du respect des cadres contractuels.

Coûts de Stockage et d’Infrastructures Informatiques

Les données satellitaires peuvent atteindre des volumes considérables, nécessitant des infrastructures de stockage et de traitement adaptées. Les coûts de stockage en ligne peuvent être élevés, allant de centaines à des milliers d'euros par mois, et la gestion de ces données nécessite des compétences techniques spécifiques.

Coûts, limites et bénéfices du satellitaire appliqués aux dépôts sauvages de déchets

Un enjeu public à forts impacts financiers
Chaque année, environ 1 million de tonnes de déchets sont abandonnées illégalement en France, avec des impacts environnementaux, sanitaires et économiques importants.
La responsabilité relève du maire, au titre de la police administrative et du préfet, pour les décharges illégales et les ICPE.

Méthodologie satellitaire

En 2023, le département de Seine-et-Marne passe un marché public avec une société privée pour une campagne d’analyse satellitaire. L’objectif de ce marché est de réaliser un diagnostic précis en détectant les dépôts sauvages d'au moins 10 m².

Dans le cadre de son plan climat de 2021, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur s'engage quant à elle à lutter contre les dépôts sauvages et lance un appel à projets régional « données satellitaires au service des territoires » portant sur l'identification des déchets sauvages et des infrastructures illégales en zone méditerranéenne.

Ces deux projets reposent sur :

  • des images Pléiades à très haute résolution
  • des algorithmes d’intelligence artificielle pour la détection automatisée
  • une intégration dans des SIG pour la gestion opérationnelle.

Les résultats permettent de localiser, qualifier et hiérarchiser les dépôts, et de produire des supports d’aide à l’intervention.

Les avantages du satellitaire

  • Détection automatisée et préventive
  • Couverture géographique étendue et cartographie rapide
  • Fréquence de passage
  • Utilisation intuitive
  • Fonctionnement participatif
  • Méthode reproductible et transférable
  • Pour région Sud : Adaptation aux spécificités géographiques méditerranéennes (sols calcaires).

Les limites du satellitaire

  • Qualité des images satellitaires (couverture nuageuse).
  • Priorisation des zones et fréquence de surveillance pour optimiser les coûts d’acquisition des images.
  • Classification et volumétrie des dépôts : type de déchet non déterminé et mauvaise estimation de la volumétrie (drone)
  • Pour Seine et Marne :  Nécessite un entraînement algorithmique pour distinguer efficacement les dépôts agricoles des dépôts sauvages.

Coûts observés sur le terrain et mise en perspective économique

Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

  • 100 000 tonnes de déchets sauvages/an
  • Coût de résorption : 30 à 90 M€ / an

Projet satellitaire

  • Coût : 67 500 €, dont 1 500 € pour l’acquisition des images.
  • Résultats : 772 sites détectés en six mois.
  • Projection annuelle : 99 000 €, soit 0,17 % des coûts de résorption.

À titre de comparaison, le coût d’un incendie de décharge illégale est estimé entre 3 et 4,5 M€.

Département de Seine-et-Marne

  • 800 à 900 tonnes de déchets collectées/an.
  • Coût annuel de gestion : 800 000 à 1 M€.

Projet satellitaire

  • Coût total : environ 36 900 €, incluant les images et l’accès à l’outil de détection.

Le coût d’enlèvement tardif est estimé à 900 € par tonne (ADEME), soulignant l’intérêt d’une détection précoce.

Bénéfices socio-économiques du satellitaire pour les territoires

Détection automatisée et préventive
L’imagerie satellitaire, associée à des algorithmes d’IA, permet une détection régulière et automatisée des dépôts sauvages, sans dépendre uniquement des signalements terrain. Elle favorise des interventions plus précoces, limitant l’accumulation des déchets et les situations à risque.

Couverture territoriale étendue
Le satellitaire offre une vision homogène sur de vastes territoires, y compris dans des zones peu accessibles (forêts, friches, bords de routes). Il garantit une surveillance équitable et continue, indépendamment des contraintes humaines ou administratives.

Ciblage et priorisation des interventions
Les résultats sont intégrés dans des SIG et contextualisés (proximité des cours d’eau, zones habitées, chantiers). Les dépôts sont hiérarchisés selon leur criticité, permettant de concentrer les moyens là où les enjeux sont les plus forts.

Réduction des coûts et optimisation des ressources
En limitant les tournées exploratoires et en améliorant la planification, le satellitaire contribue à une réduction des coûts de gestion (déplacements, prestataires, temps agent). Les coûts du dispositif restent marginaux au regard des dépenses de résorption.

Gain de productivité des services
L’automatisation de la détection libère du temps pour les équipes, qui peuvent se recentrer sur le suivi, la coordination des acteurs et les actions de prévention.

Appui aux contrôles et à la coordination des acteurs
L’outil renforce la surveillance objectivée du territoire et favorise une utilisation partagée par les services de l’État, les forces de l’ordre et les gestionnaires d’espaces naturels, améliorant la coordination des actions.

Aide à la décision publique
Les données produites permettent d’objectiver les phénomènes, d’identifier les zones récurrentes et d’adapter les politiques locales de prévention et de gestion des déchets.

En résumé

L’utilisation des données satellitaires pour la détection des dépôts sauvages représente un investissement limité comparé aux coûts annuels de résorption des déchets.
Les projets en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Seine-et-Marne montrent que moins de 0,2 % du budget de résorption suffit pour couvrir l’acquisition et le traitement des images.
Les bénéfices socio-économiques sont nombreux : réduction des coûts de gestion, optimisation des ressources humaines, ciblage efficace des interventions, prévention des risques environnementaux, et appui à la décision publique. Les limites techniques et opérationnelles (validation terrain, fréquence de passage, détection fine) sont identifiées et maîtrisables, ce qui permet de maximiser le retour sur investissement pour les territoires.